Developer Advocate, c'est une bonne situation ça ?

Panda dans la fontaine de Jouvence

Alors que je roule dans un train en direction de Marseille, première étape du périple qui m'amènera à Riviera Dev, profitant pleinement d'une voiture pleine de familles et d'une colonie, une petite réflexion semble pointer le bout de son nez.

Ce genre de moment, ce genre de trajets, est l’un des marqueurs de la face visible de mon métier. Je suis Developer Advocate. Mais pourquoi ? Quelle idée ? C'est une bonne situation ça Developer Advocate ?

Tout a commencé il y a bien longtemps. Vraiment longtemps. A cette époque où il faut faire des choix d'orientation et que tu es tout jeune collégien et lycéen. Déjà, l'envie de partager et de communiquer autour de la connaissance était présente. À cette époque, pas d'internet, pas de conférences telles qu'on les connaît aujourd'hui. Mais il existait un métier qui faisait tout ça à mes yeux : enseignant.

Évidemment, de la même manière que tout me poussait vers l'informatique, cette passion qui semblait pleine d'avenir, ce choix potentiel ira rejoindre bien d'autres possibilités bien plus littéraires qui me plaisaient tout autant.

Ensuite, tout s'enchaine plus ou moins facilement, mais c'est une autre histoire. Donc, petit fast forward, nous voilà en plein COVID. J'ai alors occupé bien des postes, fait du développement, de l'architecture, de la gestion de CI/CD. En parallèle, j'ai un peu mis la main dans l'organisation de meetups avec les copains lyonnais et fondé MixTeen pour accompagner les enfants dans la découverte du monde numérique.

Mais finalement, rien qui me dirigerait vraiment vers l'univers des Developer Relations. J'avais publié quelques articles de blog, surtout du DIY avec tout ce que j'aime assembler avec du code et de l'électronique. Ma chaine YouTube suivait son bonhomme de chemin depuis 2009. Bien sur, tout ça était de l'énergie et du temps pris en dehors de mon travail.

Et c'est pendant le premier confinement que des éléments vont se déclencher et s'enchaîner. Pour m'occuper, je me retrouve entre autres à beaucoup échanger avec des gens que je connaissais de loin, souvent par le biais de rencontres pendant le meetup ou pendant MiXiT. Mais tout en essayant de se distraire, quelques parties mémorables de jeu en ligne, je me retrouve surtout à me dire que, moi aussi, je pourrais entrer dans ce monde des Developer Relations.

Bien entendu, comme la plupart des gens, je n'avais que la face visible en tête : ces gens que j'admirais étaient régulièrement devant une audience à présenter des talks. Sans le savoir, j'avais pourtant tous les autres aspects : de la veille technologique, du partage par blog et petites vidéos, des repositories de code au kilomètre...

C'est là que je reboucle sur mon trajet du jour pour Riviera DEV. En 2021, sortant tout juste de cette période difficile des confinements et autres mesures liées au COVID, Riviera DEV fait un pari fou pour essayer de relancer cette conférence : une journée autour du lac de l'Arena et sa base nautique. Les conférences se tiendront pour certaines au bord de l'eau, sans slides. Ce sera mon cas. C'est ainsi que je me retrouve, sous l'impulsion de Philippe Charrière et Louis Tournayre, à participer à « Rien de tel qu’un ApériKube les pieds dans l’eau avec des amis ». C'est ça, vous avez bien lu : debout sur un ponton, nous voilà à expliquer l'univers Kubernetes à une audience en pédalo et canoés. J'ai même fini par aller servir des verres en nageant vers elles et eux. 😜

Le virus était là, j'étais mordu de la plus belle des manières. J'enchaînai alors quelques interventions en meetup, en ligne et puis ce fut à nouveau un grand moment avec l'Apéro IoT en fin d'une journée de Volcamp. Comment joindre une forme de présentation vraiment spéciale à un contenu réel à partager ? Ce défi a définitivement enfoncé le clou. Comment faire plus fort ? Et bien en étant invité au Camping des Speakers, une conférence qui aura lieu en juin 2022 et réunira speakers et participant·es dans le cadre d'un camping. J'avais participé à l'organisation de MiXiT, mais là je me retrouve à donner un coup de main partout où il y en a besoin et surtout, je suis le chauffeur d'une des navettes qui ira récupérer, puis ramènera, les orateurices à la gare la plus proche. Ce fut l'occasion d'échanger encore plus précisément sur ce qu'iels vivaient et je commençais à me convaincre que toutes les facettes de ce métier me plaisaient vraiment. Et ça devait déjà bien se savoir, puisque c'est entre 2 navettes et une pause repas bien méritée que je me retrouvais... avec une proposition pour rejoindre OVHcloud.

Donc, à partir de septembre 2022, me voilà professionnellement dans ce milieu qui m'avait attiré peu à peu. Qu'est ce qui change alors ? Et bien, il est alors temps de découvrir toutes les autres facettes de ce métier.

Rapidement, un premier écueil apparaît : l'activité professionnelle est souvent adossée à des marqueurs, des indicateurs permettant de mesurer ce qui marche ou pas. Le souci c'est que l'activité de developer advocate est à la croisée de tellement de domaines, l'impact est très diffus et s'inscrit dans le temps. Qu'est ce qu'on peut mesurer dans ce cas ? Le nombre de vues d'un article de blog ? le nombre d'articles publiés ? Le nombre de personnes dans votre audience ? Tout cela est extrêmement difficile et cela vient rapidement s'ajouter au second souci que j'ai rencontré : devoir justifier l'existence de son équipe et de son activité.

Plutôt que de tenter un développement maladroit, je vous invite plutôt à lire un aricle de Salma Alam-Naylor. Aucun hasard, je suis tombé sur cet article grâce à un message Bluesky de Stéphane. Je sais que nous sommes nombreuses et nombreux à nous interroger, année après année, sur la pertinence de notre métier. Ce que Salma met bien en évidence, c'est cette complexité et cette dualité entre la prise de conscience des entreprises d'un besoin d'éducation autour des produits, de communication la plus directe et sans filtre, de gestion de communautés, et en face un besoin de contrôle assez fort et de remise en question trop régulière de notre profession.

Le seul point que je n'ai pas encore perçu, c'est le remplacement des formations par les IA. Je ne produit pas à ce jour de formation, et les contenus que je crée alimentent ensuite effectivement des outils agentiques. Cela signifie peut être que je vais aussi prendre ce mur dans les temps à venir. Mais pas pour le moment.

Du coup, que reste t'il sur la table au bout du compte ? Pour ma part, je continue de croire en l'action humaine qui améliore tellement les échanges autour de contenu, quelqu'il soit, article ou talk, vidéo ou documentation. Mais quelle forme professionnelle cela doit il prendre ? Est ce qu'un retour à des activités plus proches du développement d'un produit ou un service, en gardant des missions ponctuelles de blog ou de conférences, ne serait pas plus satisfaisant ? D'autres métiers pourraient ils me convenir plus précisément ? Est ce que je ne suis pas sur la bonne voie en insistant dans mon poste actuel ?

Je pense que j'aurai des débuts de réponses à la rentrée, et je communiquerai sur un projet dans lequel je vais me lancer. Se remettre en question, d'une nouvelle façon, c'est peut être ça qu'il me faut.

En attendant, profitant d'un contexte qui me convient bien chez Dataiku, je termine mon trajet pour Antibes. J'ai hâte de toutes et tous vous retrouver, papoter, échanger, se donner plein d'idées et d'énergie ! 💞